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Citoyens en mouvement

Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

Fécondité de Guy Debord

L'intégralité des oeuvres de Guy Debord vient de paraître. Guy Debord fut un intellectuel très critiqué, voire vilipendé et haï. Pour certains un gauchiste sans envergure qui avec son internationale situationniste ne proposait qu'un mélange confus de marxisme, d'écologie, et de critique de la communication. Pour ma part, je trouve les textes de Guy Debord  stimulants et éclairants : il annonce dès les années 70 les évolutions de la société capitaliste tout en portant la critique sur les sociétés qui se réclamaient du communisme et qui ont utilisé aussi le spectacle comme un moyen d'extérioriser les prolétaires du mouvement réel et de la conscience de ce mouvement (les travailleurs produisent des marchandises sans avoir la maîtrise de cette production, cette aliénation  prend à notre époque une forme où le spectacle joue un rôle idéologique fondamental pour que perdure l'exploitation). Ce que je traduis de mon côté comme le recul général de la conscience de classe même si cette conscience est sans cesse un travail à remettre sur l'ouvrage dans la dialectique théorie-pratique. On peut ne pas partager certaines de ses analyses radicales, mais cet homme a eu le courage de ne pas renier l'objectif d'une transformation révolutionnaire que certains gauchistes proclamaient en 1968 et qui  quelques années plus tard sont rentrés dans les conseils d'administration capitalistes ou les clubs de la bourgeoisie. Et à l'opposé de  certains militants ouvriéristes, nostalgiques de l'époque stalinienne, il a apporté une critique des déviations du socialisme d'Etat qui a aussi utilisé le spectacle comme forme d'exteriorisation des travailleurs aux décisions et de spécialisation du pouvoir. Il faut lire sa critique de la société du spectacle.

 Lire ici l'article du Monde diplomatique sur Guy Debord

Ci-dessous un extrait de "La Société du spectacle"

Dans ce développement complexe et terrible qui a emporté l'époque des luttes de classes vers de nouvelles conditions, le prolétariat des pays industriels a complètement perdu l'affirmation de sa perspective autonome et, en dernière analyse, ses illusions, mais non son être. Il n'est pas supprimé. Il demeure irréductiblement existant dans l'aliénation intensifiée du capitalisme moderne : il est l'immense majorité des travailleurs qui ont perdu tout pouvoir sur l'emploi de leur vie, et qui, dès qu'ils le savent, se redéfinissent comme le prolétariat, le négatif à l'oeuvre dans cette société. Ce prolétariat est objectivement renforcé par le mouvement de disparition de la paysannerie, comme par l'extension de la logique du travail en usine qui s'applique à une grande partie des «services» et des professions intellectuelles. C'est subjectivement que ce prolétariat est encore éloigné de sa conscience pratique de classe, non seulement chez les employés mais aussi chez chez les ouvriers qui n'ont encore découvert que l'impuissance et la mystification de la vieille politique. Cependant, quand le prolétariat découvre que sa propre force extériorisée concourt au renforcement permanent de la société capitaliste, non plus seulement sous la forme de son travail, mais aussi sous la forme des syndicats, des partis ou de la puissance étatique qu'il avait constitués pour s'émanciper, il découvre aussi par l'expérience historique concrète qu'il est la classe totalement ennemie de toute extériorisation figée et de toute spécialisation du pouvoir. Il porte la révolution qui ne peut rien laisser à l'extérieur d'elle-même, l'exigence de la domination permanente du présent sur le passé, et la critique totale de la séparation ; et c'est cela dont il doit trouver la forme adéquate dans l'action. Aucune amélioration quantitative de sa misère, aucune illusion d'intégration hiérarchique, ne sont un remède durable à son insatisfaction, car le prolétariat ne peut se reconnaître véridiquement dans un tort particulier qu'il aurait subi ni donc dans la séparation d'un tort particulier, ni d'un grand-nombre de ses torts, mais seulement dans le tort absolu d'être rejeté en marge de la vie.

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