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Citoyens en mouvement

Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

Vénézuela : Chavez et la création du nouveau parti révolutionnaire

Je publie ci dessous une analyse de la situation au Vénézuela publiée sur le site "In defense of Marxism" à la suite de l'appel lancé  par le Président Chavez  afin de créer un nouveau parti révolutionnaire.

Chavez annonce la création du Parti socialiste unifié du Vénézuela

par Jorge Martin - 4 janvier 2007

Au cours d’une grande réunion publique convoquée, le vendredi 15 décembre, au théâtre Teresa Carreño de Caracas, pour fêter la victoire électorale et féliciter tous ceux qui l’ont rendue possible, Chavez a prononcé un discours très important au sujet de la nouvelle phase dans laquelle est entrée la révolution bolivarienne. Tout le discours était dirigé contre l’aile droite du mouvement bolivarien, qui a passé les deux dernières semaines à faire des appels à la conciliation avec l’opposition. Le discours a été reçu avec enthousiasme par les milliers d’activistes révolutionnaires présents dans le théâtre. Des centaines de milliers de personnes ont également écouté le discours, qui était diffusé à la radio et sur la télévision nationale.

Chavez a commencé par célébrer la victoire électorale, en insistant sur le fait qu’il s’agissait d’une victoire du peuple vénézuélien : « le premier qu’il faut féliciter, et qui est le propriétaire de cette victoire ». Chavez a expliqué que son rôle personnel était d’être « toujours l’instrument de la volonté populaire ».

Les chiffres donnés par Chavez sur la portée de la victoire électorale sont impressionnants. Les Etats où il a reçu le plus grand nombre de voix sont : Delta Amacuro (77,9 %), Amazonas (77,8 %), Portuguesa (77 %), Sucre (73,7 %) et Cojedes (73,3 %). Au total, Chavez a obtenu plus de 70 % des voix dans 8 Etats, et de 60 à 70 % dans 11 Etats. Chavez l’a emporté dans les 24 Etats du pays, ainsi que dans 92 % des communes et dans 90 % des « parroquias » (les unités administratives qui constituent chaque commune). Dans près de la moitié de tous les collèges électoraux, Chavez a obtenu plus de 70 % des voix, alors que l’opposition n’a reçu plus de 70 % des voix que dans 3 % des collèges électoraux. Alors qu’en 1998, Chavez avait été élu avec 3,6 millions de voix, il l’a emporté, le 3 décembre, avec 7,3 millions de voix (soit 63 % des suffrages).

Dans les jours qui ont suivi les élections, l’opposition et les secteurs « modérés » du mouvement bolivarien ont mené campagne dans le but de miner la victoire électorale. L’argument le plus utilisé était le suivant : dans la mesure où il y a 38 % des Vénézuéliens qui s’opposent à Chavez, ceux-ci « doivent être inclus » ; il faut « être conciliant et négocier avec eux » Forts de cette conception de la démocratie, qui est dans la veine d’ Alice au Pays des Merveilles, ces éléments droitiers s’efforcent, au fond, d’expliquer que puisqu’il y a beaucoup de gens qui ont voté pour l’opposition, Chavez devrait adopter le programme de l’opposition !

Dans son discours, Chavez a clairement dit qu’il considérait qu’une nouvelle étape de la révolution bolivarienne avait commencé. « Je n’ai jamais trompé personne. Au cours de la campagne, j’ai dit clairement quelles seraient nos orientations. La principale d’entre elles, c’est le socialisme. Nous mettons le cap vers le socialisme. » Et d’insister : « le sujet le plus important, c’est le socialisme ». Puis : « Je n’ai pas de schéma préétabli. Je vous appelle à construire le socialisme, nous devons le construire par le bas, par nous-mêmes. Ce sera notre modèle socialiste. »

Chavez a fait plusieurs références au « modèle vénézuélien » de socialisme, et sur la nécessité d’apprendre du socialisme des communautés Indiennes. Il voulait insister sur le fait que le socialisme n’est pas quelque chose d’étranger au Venezuela, tout en soulignant son caractère international : « Le socialisme dont nous rêvons ne dépend pas seulement des circonstances nationales. Il dépend beaucoup des circonstances internationales. Mais c’est ici que nous avons commencé. Nous allons vers le socialisme, qui est le chemin du salut de l’espèce humaine ».

Depuis que Chavez a commencé à parler de socialisme, au Forum Social de Porto Alegre, en janvier 2005, les réformistes et les modérés, au sein du mouvement bolivarien, se sont sentis obligés de parler de socialisme, tout en s’efforçant de diluer son contenu anticapitaliste. Ce vendredi, Chavez a très clairement précisé que « nous ne devons pas seulement parler de la morale socialiste, car nous tomberions alors dans le domaine du socialisme utopique », qu’il a comparé à « l’amour platonique ». « Le socialisme utopique n’offrait pas de solutions aux problèmes, jusqu’à ce que Karl Marx et Friedrich Engels lancent le Manifeste Communiste et fondent le socialisme scientifique. Ils ont commencé à proposer des solutions ». Dans ce sens, Chavez a dit que « si nous voulons construire un véritable socialisme, la transformation du modèle économique est fondamentale », précisant que l’économie et la terre devaient être socialisées.

Construire un nouveau Parti Socialiste par le bas

Mais le point central du discours de Chavez était son appel à former un nouveau parti, qu’il a proposé d’appeler le « Parti Socialiste Unifié du Venezuela ». Depuis que Chavez suggère l’idée d’un parti unique de la révolution, cette idée reçoit un soutien prudent de la part des militants révolutionnaires. Un soutien parce qu’il existe un large sentiment de rejet de la bureaucratie au sein du mouvement bolivarien, des arrivistes, des bureaucrates, des contre-révolutionnaires à bérets rouges, des fonctionnaires non responsables et non élus des différents partis bolivariens (MVR, PPT, PODEMOS). Mais ce soutien est prudent parce que beaucoup de gens craignent qu’un nouveau parti, une nouvelle structure, soit immédiatement accaparée par la même vieille bureaucratie.

Une fois de plus, Chavez s’en est pris aux bureaucrates. En premier lieu, il a insisté sur le fait que le but était de créer un parti unifié, et non un mélange des partis existants dans lequel chacun obtiendrait une certaine dose de pouvoir. Procéder ainsi, ce serait « raconter des mensonges et tromper le peuple ». Il a critiqué ouvertement les dirigeants des principaux partis bolivariens qui sont apparus à la télévision pour essayer de s’attribuer une part du triomphe électoral. Visiblement en colère, Chavez a dit que « les voix ne sont d’aucun parti : ces voix sont à Chavez et au peuple. » Et il a rajouté qu’ « en réalité, comme je l’ai déjà dit, on n’a pas voté pour Chavez. On a voté pour le projet socialiste que Chavez propose depuis plusieurs années ».

Passant par-dessus la tête des dirigeants des partis bolivariens, Chavez en a appelé directement à la base du mouvement révolutionnaire pour construire ce nouveau Parti Socialiste Unifié. « Les partis établis qui ne veulent pas s’y joindre sont libres de continuer leur chemin », a-t-il précisé. La bureaucratie des principaux partis bolivariens a dû en être terrifiée, et les jours suivant ce discours de Chavez, il y a eu une course frénétique pour savoir quel serait le premier parti à annoncer qu’il allait rejoindre le nouveau Parti Socialiste Unifié.

Chavez a rappelé les énormes efforts d’organisation menés à bien pour gagner la Bataille de Santa Inès (le référendum révocatoire d’août 2004). A cette époque, des centaines de milliers de personnes, peut-être même plus d’un million, s’étaient organisées dans des « pelotons électoraux » et des Unités de Bataille Electorale. C’était une authentique expression de l’organisation révolutionnaire de la base, et les tentatives de la bureaucratie réformiste d’en prendre le contrôle et de leur imposer des dirigeants non élus avait mené à des affrontements sérieux dans les quartiers révolutionnaires.

Chavez a expliqué que le démantèlement de ces structures de base avait été une erreur. Malgré ses appels à les maintenir, la plupart d’entre elles avaient cessé d’exister. « Nous ne devons pas permettre que cela arrive de nouveau, après la grande victoire du 3 décembre ». Il en a appelé directement à ceux qui l’écoutaient et le voyaient, à la radio et à la télévision, pour qu’ils portent le message qu’on ne devait nulle part démonter un seul des « bataillons électoraux » qui se sont constitués pour le 3 décembre. Pour créer le nouveau parti, « à partir de demain, les commandants des escadrons, des pelotons et des bataillons doivent réunir la troupe, la bonne troupe : le peuple », et commencer la discussion. « Pour cette nouvelle ère qui commence, nous avons besoin d’une structure politique nouvelle, d’un instrument politique qui se mette au service du peuple et de la révolution, au service du socialisme ».

Le message était clair : le MVR doit être démantelé. « Il a accompli sa tâche, il doit passer à l’histoire ». Mais le nouveau parti ne peut être formé avec « les mêmes vieux visages, les directions des différents partis qui se partageraient le pouvoir. Ce serait une tromperie ». Le nouveau parti doit se construire par le bas : « les bataillons, les pelotons et les escadrons doivent être maintenus, car telles seront les structures de base du nouveau Parti Socialiste Unifié du Venezuela ».

Chavez a également critiqué le modèle stalinien du parti. « Le modèle bolchevik a eu un certain succès à la naissance de l’Union Soviétique, pendant la révolution d’Octobre 1917. Le parti qui a réussi à mener ce peuple à la révolution était le Parti Bolchevik de Vladimir Illich Lénine. Mais par la suite, il a souffert d’une déviation, la déviation stalinienne, que Lénine n’a pas pu éviter parce qu’il est tombé malade et qu’il est mort très jeune. (…) Cela a fini par être un parti antidémocratique, et de ce merveilleux slogan, « Tout le pouvoir aux soviets », on est passé à « tout le pouvoir au parti . (…) A mon avis, ce parti a dégénéré quasiment depuis le début de la révolution socialiste. (…) Voyez le résultat : 70 ans plus tard, lorsque l’Union Soviétique est tombée, quel travailleur est sorti pour la défendre ? (…) C’était devenu un régime élitiste, qui ne pouvait pas construire le socialisme ».

Chavez a insisté sur le fait que le parti devait être construit par le bas, et « selon des critères très stricts ». Il en a appelé directement à la base révolutionnaires : « Vous autres, vous êtes ceux qui connaissez les gens, là-bas, dans les communautés. Nous ne pouvons accepter aucun voleur, aucun corrompu dans le parti. Le Parti Socialiste Unifié sera le parti le plus démocratique de l´histoire du Venezuela. On discutera, et les dirigeants émergeront de la base militante (...) On doit en finir avec les nominations par en haut. »

Dans le cadre de la construction du nouveau parti, il doit y avoir un débat d’idées ouvert sur le projet socialiste, un débat au cours duquel tous doivent « lire beaucoup, étudier beaucoup, discuter beaucoup ». Le parti doit aller au-delà de la lutte électorale et être impliqué dans la bataille des idées, a -t-il ajouté.

Ce discours de Chavez constitue une tentative consciente de donner au mouvement bolivarien une structure organisée, clairement démocratique et construite par le bas. Ceci touche au cœur d’une des principales faiblesses du mouvement révolutionnaire vénézuélien : l’absence d’une organisation révolutionnaire de masse, au moyen de laquelle les masses puissent généraliser leur expérience, discuter de la façon d’avancer et donner au mouvement bolivarien une authentique expression démocratique. Les partis de gouvernement existants (MVR, PPT, PODEMOS) sont à juste titre considérés par la base révolutionnaire comme de simples machines électorales, pleines de bureaucrates et de réformistes, dont l’objectif principal est d’arrêter la révolution à mi-chemin, de diluer et de bloquer l’initiative révolutionnaire des masses.

Après les élections : la lutte entre réforme et révolution

Huit ans après la première victoire électorale de Chavez, il existe un fort sentiment d’impatience, parmi les masses. Pour elles, le 3 décembre fut bien plus qu’une bataille électorale parmi d’autres. C’était le début d’une nouvelle phase du processus révolutionnaire. Les masses veulent des actions décisives contre l’oligarchie. Elles veulent le socialisme, non seulement en paroles, mais dans les faits. Cette humeur s’exprime de façons différentes, comme par exemple par la manifestation de Mérida « Pour Chávez, pour le socialisme et contre la bureaucratie », organisée par le Front de Forces Socialistes, ou encore par la manifestation du Front National Paysan Ezequiel Zamora, pour Chavez et la révolution agraire.

Le conflit entre la bureaucratie réformiste et la base révolutionnaire s’est également exprimée au cours de la campagne électorale. Dans sa majeure partie la campagne fut sans enthousiasme, en partie en réaction à la façon dont la bureaucratie la dirigeait. C’est seulement lorsque l’opposition a réussi à réunir quelques centaines de milliers de personnes à Caracas que les masses chavistes sont descendues dans la rue, le dimanche 26 novembre. Ce fut sans doute la plus grande manifestation révolutionnaire de l’histoire du Venezuela. C’est à ce moment que les masses sont entrées de façon décisive dans la bataille électorale et se sont organisées pour la victoire du 3 décembre, et contre les provocations contre-révolutionnaires.

A Caracas, par exemple, il y avait le plan « Temblad Oligarcas » (Tremblez, Oligarches !), qui unissait différentes organisations révolutionnaires dans un front unique pour organiser la surveillance pendant les élections. Ce fut précisément la réponse massive de la population, non seulement en votant pour Chavez, mais aussi en occupant les rues depuis 3 heures du matin, qui a convaincu les leaders de l’opposition d’abandonner leurs plans. Une fois de plus, ce sont les masses révolutionnaires ont garanti la victoire.

Les militants révolutionnaires auront accueilli le discours de Chavez avec enthousiasme. La création du Parti Socialiste Unifié pourrait être une réédition de l’expérience des Cercles Bolivariens, mais à un niveau supérieur. Quand Chavez avait appelé à former les Cercles Bolivariens, fin 2001, un million de personnes les avaient rejoints en l’espace de quelques semaines. Cette fois-ci, les masses révolutionnaires ont davantage d’expérience. A trois occasions, elles ont mis la contre-révolution en échec, et elles ont développé une saine aversion à l’égard de la bureaucratie. Elles ont accueilli avec enthousiasme le débat sur le socialisme lancé par Chavez. La bureaucratie réformiste essayera également de se positionner, dans le nouveau parti, et d’étouffer une fois de plus l’initiative des masses. Du résultat de cette lutte dépendra, dans une large mesure, le futur de la révolution bolivarienne.

Le rôle de la classe ouvrière

Malheureusement, à cause du rôle de leur direction, l’UNT et la classe ouvrière dans son ensemble n’ont pas joué de rôle indépendant pendant la campagne électorale. Bien que les travailleurs ont voté en masse pour Chavez, ils ne se sont pas distingués au cours de la campagne. La responsabilité en incombe directement aux différentes fractions de la direction de l’UNT. Ni les modérés, ni l’aile gauche du syndicat n’ont pris au sérieux les appels de Chavez à occuper les usines qui avaient été abandonnées. Des actions décisives, sur ce front, auraient mis la question de la propriété des moyens de production au centre de la révolution vénézuélienne.

Une seule organisation a suivi cette ligne de façon audacieuse : le Front révolutionnaire des travailleurs des usines occupées ou sous contrôle ouvrier (le FRETECO). Avec ses forces limitées, cette organisation a essayé de coordonner les activités des travailleurs dans les différentes usines occupées, expropriées ou en lutte, et a conquis une position dirigeante dans la lutte de Sanitarios Maracay. Cette dernière représente une nouvelle étape qualitative dans la lutte des travailleurs au Venezuela, car pour la première fois les travailleurs ont occupé une usine et l’ont faite fonctionner sous contrôle ouvrier. Le cas de Sanitarios Maracay détruit également le mythe selon lequel le « patronat national » constituerait un secteur sur lequel la révolution pourrait se baser. Le propriétaire de Sanitarios Maracay est vénézuelien, et il a participé au coup d’Etat d’avril 2002. La mobilisation des travailleurs et leur lutte audacieuse en défense de leurs droits est précisément ce qui l’a poussé à essayer de fermer l’usine.

Seule la classe ouvrière (en alliance avec les autres secteurs opprimés de la société) peut mener la lutte pour le socialisme jusqu’à la victoire. Si l’UNT avait convoqué une journée nationale d’action pour l’occupation des usines, le rapport de forces serait, de façon décisive, défavorable à la contre-révolution et à la bureaucratie réformiste, et favorable au socialisme.

Nous sommes très clairement entrés dans une nouvelle étape de la révolution vénézuélienne, et il n’y a que deux chemins possibles : le socialisme, c’est-à-dire la planification démocratique de l’économie par les travailleurs eux-mêmes, ou la contre révolution capitaliste.

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