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Citoyens en mouvement

Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

Ségolène : mais où est donc ta gauche ?

Je pense  que Ségolène Royal reste bien en deçà des attentes du pays notamment en matière d'ambition économique et d'emploi. D'emblée je le dis, qu'on ne fasse pas un faux procès aux anti-libéraux en les accusant de vouloir étatiser la société, au contraire, je suis un farouche partisan de l'économie sociale, de nationalisation ou de prise de participation publique majoritaire pour  des secteurs clefs comme l'énergie, l'aéronautique, l'eau, le chemin de fer, les télécommunications, je me prononce pour des services publics démocratisés, tout comme pour un important secteur privé non monopoliste dans lequel les PME et PMI jouent un rôle moteur. Je pense seulement que Ségolène n'invente rien de neuf en matière économique et qu'elle suit le courant de l'adaptation au capitalisme, qui conduit en fait à son acceptation.

Son discours sur la dette que j'ai entendu à la télévision me paraît rejoindre un discours tout à fait classique qui ne remet pas du tout en cause les dogmes libéraux. La dette est causée par le capitalisme, elle est  même le moteur du capitalisme financier.  Le pays n'est pas endetté parce qu'il investirait trop, ou qu'il y aurait trop d'Etat,  il est endetté parce qu'il doit rembourser des capitalistes qui de surcroît réalisent des profits records et que la Banque centrale européenne ne dépend plus des Etats. Laisser le marché capitaliste avoir la maîtrise de la monnaie c'est laisser le loup dans la bergerie !

Beaucoup de gens sont donc dubitatifs, comment déclarer qu'on va faire une politique de gauche en employant des méthodes néo-libérales? Ce n'est pas étonnant que Ségolène ne semble pas percer dans l'opinion (je ne me base pas sur les sondages, mais sur les contacts que j'ai et ils sont nombreux). Les gens que j'ai rencontrés et qui voteraient pour Ségolène me disent qu'ils le feraient pour éviter le mauvais scénario de 2002. Ils ne me disent pas qu'il voteraient par adhésion à son programme, et ils sont loin d'un enthousiasme  mobilisateur ou d'une volonté telle qu'on les a connus dans le vote contre la Constitution européenne.

Il est absolument urgent pour tous ceux qui veulent une société de justice, de solidarité,  de partage, d'égalité de bien voir cela : Il n' y a pas d'issue en dehors d'un combat résolu contre le capital financier, en dehors de mesures radicales qui font payer ceux qui spolient la société des richesses qui lui sont utiles. Quand on voit, par exemple, que les manoeuvres d'Arcelor Mittal vont conduire à une baisse des recettes fiscales des collectivités de plusieurs millions d'euros sur les 3 ans à venir, ce n'est pas parce que l'argent n'existe pas, ni que l'entreprise ne produirait plus de richesses, c'est parce que le système mis en place et qu'aucun gouvernement, ni de gauche, ni de droite n'a remis en question,  est conçu pour transférer la richesse vers le capital et non vers le travail. Tant que cette logique ne sera mise en cause par la gauche dans son ensemble, par le mouvement social, par un gouvernement qui applique une vraie politique de gauche, alors nous irons de difficultés en difficultés.


Je peux dire que je ne sens pas , hélas , de mobilisation pour la gauche, et notamment dans les milieux populaires et j'en suis profondément attristé. Je ne baisse pas les bras, chaque jour je milite pour redonner espoir, au contact des creillois, pour montrer que la gauche a besoin de retrouver ses valeurs anti-capitalistes sans quoi elle se dénature et rejoint la collaboration de classe (sa pire ennemie). Le vieux Karl Marx l'avait montré déjà au 19ème siècle, il n'y a pas de salut pour la classe ouvrière, c'est à dire la classe créatrice de richesses si elle collabore à sa propre exploitation en acceptant les dogmes du capitalisme, si elle ne travaille pas à son autonomie politique, si elle ne se constitue pas en tant que classe consciente de son rôle historique.


Parler de lutte de classe, non ce n'est ni grossier, ni ringard,  c'est là au contraire dire toute la réalité sociale et politique de notre temps, démontrer les intérêts inconciliables entre le capital et le travail.  Les capitalistes l'ont  d'ailleurs vite enterrée pensant que ce qu'ils ont nommé le communisme, mais qui n'était qu'un avatar de socialisme dégénéré, était mort. Le socialisme et le communisme ne peuvent mourir car ils sont intrinsèquement la contestation et la solution à la crise générale du capitalisme.
Tout pousse à se débarasser des vieux dogmes économiques ce qui ne veut pas dire qu'il faut rejeter le passé. Il faut au contraire y puiser les ressources d'une réflexion critique novatrice liée à l'analyse des faits. Analyse des faits ici et ailleurs. Nous serions ainsi bien inspirés de voir ce qui se passe en Amérique Latine où les idées socialistes prennent une dimension concrète dans la vie des gens, notamment au Vénézuela.

Evidemment je voterai pour le candidat de gauche qui sera au deuxième tour, mais je souhaiterais surtout voter pour une politique de gauche mobilisatrice que de voter seulement pour faire barrage à la droite. Les votes par défaut ne font pas une bonne politique,au contraire, toute la récente histoire nous le montre. J'espère et je m'y emploie que la candidature de Marie-George Buffet va contribuer à semer dans le pays les bons germes qui redonneront à la gauche sa vitalité pluraliste sans laquelle elle n'existe pas, avec de riches confrontations d'idées, contradictoires et constructives, et non l'insipide monologue télévisé des candidats têtes d'affiche qui commence sérieusement à lasser les citoyens. Un débat qui ne soit pas téléguidé par les médias mais qui permette d'entendre d'autres sons de cloche que les idées dominantes et consensuelles.

Les défenseurs du vieux système capitaliste n'ont d'idées neuves que pour défendre leur vieux système, c'est à dire des idées qui n'ont que l'apparence de la nouveauté comme les imitations du  Canada dry. Mais les apparences n'effacent ni les guerres, ni le chômage, ni la misère, ni la division, ni toutes les tares de toutes les anciennes sociétés qui depuis des siècles  ont fait souffrir l'humanité et dont le capitalisme de par sa puissance multiplie la nocivité. L'immense effort à entreprendre pour sauver la planète des conséquences mortelles du productivisme capitaliste demande que fonctionnent à plein régime l'imagination de chaque citoyen du monde. C'est ce à quoi devrait servir, dans notre pays, un vrai débat des présidentielles. On est bien loin du compte.

(Image : Merci à notre ami  Placide pour son aimable autorisation)

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