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Citoyens en mouvement

Politique, culture, éducation, formation pour la vie démocratique - blog créé le 10 mai 2006

Faire gagner La gauche radicale pour mettre fin aux dégâts du libéralisme

Merci à mon camarade Bernard Lamirand, militant syndicaliste et communiste qui m'envoie l'entretien ci-dessous avec un philosophe qui ne passera pas à la télévision parce que c'est un penseur marxiste,  de surcroît un homme engagé dans une réflexion tout à fait intéressante sur la situation actuelle et  que je partage. Je vous laisse découvrir ses propos :

Il s'agit ni plus, ni moins de mettre fin
aux dégâts du néolibéralisme
Pour le philosophe Yvon Quiniou, il existe un large espace politique pour une gauche de transformation sociale alliant radicalité et responsabilité.

Y a-t-il une place, dans le paysage politique français, pour la « gauche radicale de gouvernement » que Marie-George Buffet dit vouloir incarner ?


Yvon Quiniou. J’aime beaucoup cette notion de « gauche radicale de gouvernement ». Elle exprime à la fois la nécessité d’une alternative au capitalisme et la volonté de faire entrer cette alternative dans le réel. Il faut que cette radicalité, d’une manière ou d’une autre, s’exprime dans les actes d’un gouvernement. Un positionnement politique qui se résumerait à une simple posture protestataire n’a pas d’avenir. On peut toujours brandir un étendard radical, mais si on ne l’inscrit jamais dans le réel, ça n’a aucun effet. Là se situe, à mon avis, la raison pour laquelle les forces situées à gauche du PS n’ont pas pu s’entendre. D’emblée, des forces comme la LCR et LO ont bloqué la réalisation d’une union antilibérale en la subordonnant à un refus a priori de toute espèce de collaboration directe ou indirecte avec le Parti socialiste. Or la question d’une telle collaboration devrait être examinée à l’aune du rapport de forces au sein de la gauche. D’autant que, si le PS est indiscutablement tenté par le social-libéralisme, il est traversé par des courants contradictoires. Souvenons-nous par exemple qu’une majorité de ses électeurs s’étaient portés, en 2005, sur le « non » à la constitution européenne. Il est possible de jouer sur ces contradictions. Un rapport de forces favorable à la gauche antilibérale peut parfaitement changer la donne politique et amener le PS à se réorienter à gauche. J’ajouterai que l’originalité du PCF est d’avoir su, dans son histoire, s’inscrire dans le jeu institutionnel à partir du moment où il pouvait peser, à l’intérieur du système, en faveur de conquêtes sociales.

Cette ouverture à la prise de responsabilité est-elle, selon vous, une condition sine qua non de la réalisation de « réformes inversant le cours des choses » ?

Yvon Quiniou. Au long du XXe siècle, la collaboration entre le PCF et le PS fut conflictuelle, houleuse. Mais des points de rencontre entre ces deux forces, conjuguées aux mouvements sociaux, ont parfois débouché sur des réformes importantes. Il faut s’inscrire dans ce mouvement. En distinguant bien la collaboration au quotidien, dans les structures de pouvoir local, de la question du pouvoir central. À ce niveau, la collaboration doit être, je crois, subordonnée au contenu de ce que les forces de gauche peuvent faire ensemble. Si c’est vraiment l’orientation sociale libérale qui l’emporte, il faudra se mettre en retrait et la dénoncer. Si au contraire le poids d’une gauche de transformation sociale s’affirme dans le rapport de forces, alors celle-ci ne devrait pas hésiter à prendre ses responsabilités. Mais la vigilance ne doit pas interdire un soutien au moins parlementaire.

Les récentes évolutions politiques en Europe, comme en Allemagne ou aux Pays-Bas, nourrissent-elles des espérances quant au poids que peut conquérir en France cette gauche de transformation sociale ?

Yvon Quiniou. Le modèle social démocrate, qui correspondait au XXe siècle à un compromis entre les forces du capital et celles du travail, a favorisé l’émergence d’un capitalisme réformé, caractérisé par un État providence, des politiques redistributives et un relatif rééquilibrage des inégalités. Avec la vague libérale mondiale, ce modèle craque partout en Europe. Quant aux grands acquis sociaux, fruits de la lutte des classes, ils sont attaqués, érodés dans tous les domaines : la santé, la protection sociale, le temps de travail... Ces évolutions sont de plus en plus mal perçues et mal vécues par les - populations. Le « non » français à la constitution européenne a traduit la prise de conscience d’un enjeu qui dépasse nos frontières. Il s’agit ni plus ni moins de mettre fin aux dégâts du néolibéralisme. Voilà les raisons qui expliquent le maintien ou le retour de forces qui se réclament du communisme ou de la transformation sociale.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

Biographie de Yvon Quiniou
Mémoire de maîtrise à l’Université de Nantes sur « La théologie morale de Kant » en 1971, mention Très Bien. C.A.P.E.S de philosophie en 1972, puis agrégation de philosophie en 1973. Nommé au lycée P. Mendès-France de La Roche-sur-Yon la même année, où il enseigne depuis en terminales, puis en classe préparatoire HEC et en classe préparatoire scientifique. Doctorat de philosophie à l’Université de Nanterre en 1992 sur « Nietzsche ou l’impossible immoralisme. Lecture matérialiste », mention Très Honorable à l’unanimité du jury, dans lequel figurait M. Conche avec il s’est lié d’amitié à cette occasion.

Yvon Quiniou n’a cessé de partager son temps entre l’enseignement, le travail philosophique et, pour une part, l’engagement politique. Longtemps membre du PCF où il a eu des responsabilités, il continue à revendiquer des convictions communistes et collabore occasionnellement à L’Humanité. Il a écrit dans de nombreux journaux et revues : Le Monde, La Pensée, Raison présente, Politique aujourd’hui, L’enseignement philosophique, Revue M. Il fait partie du comité de rédaction de la revue Actuel Marx, qu’il a contribué à fonder.

Son travail philosophique se réclame du matérialisme et entend élaborer une théorie de la morale dans ce cadre, tout en en tirant des prolongements politiques. Il a commencé avec Problèmes du matérialisme (Méridiens-Klincksieck, 1987) et s’est affirmé avec sa thèse, Nietzsche ou l’impossible immoralisme (Kimé, 1993), puis Figures de la déraison politique (Kimé, 1995) et, récemment, Etudes matérialistes sur la morale (Kimé, 2002). Son intérêt pour Darwin l’a amené à collaborer avec P. Tort, en particulier pour le Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution (PUF). Il a participé à de nombreux colloques nationaux et internationaux et a été chercheur associé au C.N.R.S. ainsi que membre du Groupe de recherche sur l’histoire du matérialisme de Paris I. Il a également été invité à des émissions de France-Culture pour y parler de Nietzsche, mais aussi d’Habermas et de Marx. En projet : un ouvrage visant à articuler la morale, l’éthique et la politique.
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