Dimanche 15 octobre 2006 7 15 /10 /Oct /2006 00:03

Il y a quelques années, le sociologue Pierre Bourdieu soulignait le fait que les sociaux-démocrates militent pour l'insertion dans le marché mondial en ayant abandonné tout idéal de justice sociale. Sa réflexion sur la gauche est d'une brûlante actualité car on ne battra pas la droite sans faire une critique de la gauche et de ses erreurs, sans reconstruire une alternative anti-libérale mobilisatrice. Voici ce que déclarait Pierre Bourdieu à l'époque où le parti socialiste dirigeait le gouvernement avant que la gauche ne soit battue par défaut de mobilisation de son électorat déçu par le social-libéralisme, et que la droite mette en oeuvre une politique ultra- libérale, autoritaire et dévastatrice :

"La politique de flexibilisation du marché du travail, qui est présentée comme une réponse des États et des "partenaires sociaux" au taux de chômage élevé en Europe , a pour conséquence une forte dégradation de la qualité des emplois offerts aux chômeurs, aux jeunes, etc. Les qualifications scolaires sont dévaluées. La réduction du chômage s’accompagne d’une précarisation de masse. Ce nouveau régime économique de flexploitation n’est donc pas non plus contradictoire avec la montée des inégalités de revenus et de patrimoine mais aussi avec l’accroissement des différences dans l’accès à la culture, à l’information, et, plus généralement, pour tout ce qui constitue des ressources réelles face à la violence du système économique et social "mondialisé". Or, vous avez raison, cette politique est aujourd’hui menée le plus souvent par des partis qui portent encore le nom de "sociaux-démocrates" ou "socialistes", même s’ils ont depuis longtemps abandonné tout idéal de justice sociale au profit de l’insertion dans le marché mondial. C’est pourquoi je continue à en appeler à l’émergence d’une "gauche de gauche", capable d’entrer résolument dans l’opposition face aux gouvernements, "pluriels" ou non."

En 2007, la droite ne pourra pas être battue si la gauche copie ses recettes et poursuit dans le social-libéralisme. Seule une politique s'en prenant aux puissances de l'argent pour engager des mesures de changements radicaux sera susceptible de mobiliser l'électorat populaire et contrer le danger du populisme et de l'extrême-droite. Les comités de rassemblement anti-libéraux qui se constituent dans le pays peuvent contribuer à donner à la gauche le contenu nécessaire à une politique de transformation anti-capitaliste. Le courant anti-libéral de la gauche est sa chance, comme il est aussi celle des milieux populaires.(Image : la une du Monde annonçant la mort de Pierre Bourdieu en janvier 2002, mais son oeuvre continuera de vivre. Cet intellectuel a su notamment apporter aux militants révolutionnaires, aux syndicalistes, aux chômeurs, une vision critique intéressante de notre société, du rôle des médias. Il a mis en relief en la soutenant l'émergence de nouvelles formes d'action militantes faisant une place à l'expression des individus et à leur  souffrance  sociale.)


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Commentaires

Vous faites une double erreur, qui traduit un double aveuglement, et qui suffit amplement à expliquer l\\\'égarement dans lequel se trouve le "peuple de gauche" qui est ) privé de l\\\'éclairage indispensable  sur la réalité du monde, du fait de l\\\'aveuglement de ses élites dont vous êtes une figure tout a fait emblématique.

Premier aveuglement "l\\\'abandon de tout idéal de justice social par les dirigeant de gauche", c\\\'est faux les dirigeant de la gauche au pouvoir on bel et bien un idéal de justice social, je dirais même que la droite en à un aussi !
Ce que vous contestez (et ce que vous contestez naturellement à la droite), ce sont les chemins qu\\\'ils empruntent pour atteindre cet idéal, mais en proclamant qu\\\'ils ont "perdu l\\\'idéal", vous vous affranchissez de la dure nécessité de devoir présenter le "bon" chemin ! c\\\'est un peu léger !

Deuxième aveuglement "la droite met en oeuvre une politique ultra-libérale" ... on voit là clairement que vous ne savez pas de quoi vous parler : allez sur les sites des "ultra-liberaux" et vous verrez ce qu\\\'ils pense de la politique de la droite en France mais aussi aux USA : une politique social-démocrate d\\\'interventionnisme d\\\'état tout azimut.
Et vous savez , vous, en tant qu\\\'économistes qu\\\'ils ont raison : la politique de la droite est tout sauf libérale.

Comment pensez vous donc pouvoir éclairer le "peuple" en vous illusionnant aussi lourdement ?On pourrait presque parler d\\\'escroquerie intellectuelle ... bien à l\\\'image de Bourdieu.
Commentaire n°1 posté par Philippe Gay le 17/10/2006 à 11h22

J'ai vu votre site : je ne partage pas du tout les idées qui s'y trouvent. Il faut savoir comment on utilise les richesses créées d'un pays. Faut-il les stériliser dans une course à l'accumulation du capital financier pour l'essentiel, ou les investir dans la formation, l'emploi, les technologies, le progrès social? Vous opposez les emplois privés aux emplois publics, comme si le secteur public était une charge pour la société. Qu'il soit une charge pour le capital, je le comprends, mais certainement pas pour des millions  d'hommes et de femmes qui ne possèdent pas de portefeuille boursier bien garni.

Partager le travail en augmentant la précarité de tous,  en accélérant la concurrence des salariés,  en promouvant la baisse des salaires, ce n'est pas ma tasse de thé surtout quand on me présente l'Angleterre comme un modèle. L'efficacité ne se trouve pas dans cette vieille recette du partage du travail mais dans celle du partage du capital  par une politique  d'utilisation de l'argent (contrôle du crédit) afin de financer les projets qu'ils soient privés, publics ou coopératifs mais à condition qu'ils créent réellement des emplois et donc de la richesse à condition que l'on ne brade pas notre industrie comme aujourd'hui.  L'efficacité passe aussi par un effort de toute la nation pour permettre aux jeunes et aux salariés de se former en permanence, de se sentir bien au travail pour que chacun puisse y apporter sa motivation et ses savoir faire, seule façon d'accroître une plus value qualitativement nouvelle . Une plus value qui doit être en partie utilisée pour l'investissement dans la modernisation du secteur public et le financement de la sécurité sociale .

 

 

Réponse de Jean-Paul Legrand le 18/10/2006 à 22h40

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