Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 00:19

Si le marxisme ce n'est pas ce qui a existé dans les pays "socialistes", c'est quoi alors ?

Comme je l'ai écrit précédemment, le marxisme a toujours été l'objet d'une peur et d'une haine profonde de la part des possédants : grands patrons, magnats de la finance, dirigeants politiques de la bourgeoisie, intellectuels qui confondent le marxisme avec ce qui s'est passé dans les pays de l'Est, des dizaines de milliers de dirigeants d'autant plus convaincus de la validité du capitalisme qu'ils en  tirent puissance et possession matérielle, ont été élevés dans la haine du marxisme. Depuis la Commune de Paris et la révolution russe de 1917, la bourgeoisie a fait de l'anti-communisme et de l'anti-marxisme une arme idéologique permanente. Elle ne s'est pas privée bien entendu de tirer ses principaux arguments de la réalité des sociétés bureaucratiques de l'Est en entretenant toujours la confusion entre celles-ci et le communisme. Malgré les énormes moyens que la classe possédante consacre à sa campagne idéologique permanente qu'elle considère comme essentielle à son existence, le marxisme s'est diffusé dans le mouvement ouvrier et au delà grâce aux organisations ouvrières, aux militants du mouvement démocratique, aux intellectuels et universitaires progressistes du monde entier. La pertinence du marxisme repose beaucoup sur le fait qu'il s'agit d'une pensée pour l'action. Alors que la philosophie, la connaissance en général sont dans la société capitaliste utilisées pour le  maintien de l'exploitation de l'homme par l'homme, pour organiser et renforcer des relations de concurrence et de division des forces productives, pour justifier  l'inégalité sociale qui serait une fatalité de l'espèce humaine, le marxisme au contraire est une théorie de la libération humaine par l'action des individus.

Elle n'est pas une déclaration idéaliste sur cette libération, elle tire les éléments et arguments  en faveur de cette libération sur des exemples historiques qui démontrent que l'intervention des individus en fonction de leurs intérêts de classe participe à cette libération. De Spartacus à l'abolition de l'esclavage, de la lutte pour la libération des communes à mai 68, toute l'histoire a été celle de la lutte des classes et démontre que la fatalité n'existe pas, que l'intervention des individus transforme le cours des événements. Mais l'époque du capitalisme a de particulier dans l'histoire qu'en globalisant la production il mondialise  et généralise l'exploitation de classe dans le cadre d'un paradoxe historiquement inédit : alors que l'humanité est enfin capable matériellement, technologiquement, de résoudre les grands maux et problèmes auxquels elle est confrontée, le capitalisme pour se maintenir en accumulant le capital doit s'opposer aux besoins humains de la grande masse des habitants de la planète, il est dans l'obligation de s'opposer à la coopération entre les hommes et à la démocratisation générale qu'appelle ce développement sans précédent  des connaissances et des capacités humaines.  C'est pourquoi le marxisme accorde une responsabilité fondamentale à chaque individu  : celle-ci repose sur la prise de conscience qu'il vit  des relations sociales lesquelles directement ou indirectement participent au conflit fondamental entre la classe capitaliste et la classe des exploités.

 Ceux qui avaient fait de Marx un dogme ont systématiquement et volontairement nié cet aspect fondamental du marxisme selon lequel c'est une théorie de la libération humaine dans laquelle  les masses n'existent pas "en général" mais comme agents particuliers c'est à dire des millions d'individus qui ont chacun leur spécificité et leurs intérêts communs ou antagoniques et qui  par leur rassemblement conscient vont participer à l'affrontement de classe et devenir les acteurs de l'histoire.

On peut penser que plus cette conscience de classe sera massive et élevée et moins la violence sera le mode de transition du capitalisme vers une société libérée. Plus la démocratie sera développée et moins la classe dominante sera en mesure d'utiliser la violence pour maintenir sa domination. Cependant du fait même que la violence essentiellement par la guerre a été le mode de règlement des conflits à travers toute l'histoire, qu'elle imprègne fortement l'idéologie dominante, on ne peut anticiper sur le degré de violence de cette transition. On sait toutefois qu'à chaque fois que les peuples se sont mobilisés et unis  pour la démocratie, les possédants n'ont pas pu agir à leur guise et ont dû faire des concessions. 

Mais les classes sociales ne sont pas des catégories abstraites, elles sont la résultante d'une histoire propre avec des individus singuliers, autrement dit même si la mobilisation démocratique est la meilleure arme contre la violence, il n'est pas exclu que la classe dirigeante dans un moment de crise où son pouvoir est sérieusement remis en cause puisse avoir un comportement extrême et entraine toute l'humanité à la catastrophe puisque l'humanité est désormais en capacité technologique de s'auto-détruire.

La question donc d'une voie démocratique et pacifique vers une société libérée du capitalisme est étroitement liée à la conscience de classe : plus les exploités seront conscients de leur rôle historique plus leur capacité de neutraliser la violence sera grande. Cependant pour Marx la transition vers cette nouvelle société ne se fait pas en un jour, c'est un processus et il convient pour les exploités dans leur lutte pour la prise du pouvoir d'affirmer leur volonté par la démocratie. Il va de soi que la bourgeosie n'acceptera pas de se plier à un pouvoir démocratique qui remettra ses intérêts en cause. Par conséquent Marx envisage que durant cette période de transition, la bourgeoisie soit contrainte de respecter les décisions démocratiques du peuple, votées par le peuple. Par la suite, les dirigeants des pays de l'Est, les idéologues  qui se sont réclamés du marxisme ont fait du concept de "dictature du prolétariat" l'un des éléments centraux de la pensée de Marx, ce qui n'était pas le cas.D'ailleurs ce concept a pris des sens différents et hélas souvent bien éloignés de la pensée de Marx. Les écrits de Marx attestent en permanence que sa conception est totalement démocratique et si il évoque la "dictature du prolétariat" c'est en référence à la nécessité pour le peuple de défendre les décisions démocratiques qu'il prend. Marx sait bien que la bourgeoisie ne peut accepter les mesures révolutionnaires décidées démocratiquement par les travailleurs dans le cadre d'un Etat ouvrier comme cela s'est vu lors de la Commune de Paris. C'est cette idée que le  peuple doit  investir l'Etat et l'utiliser  pour défendre ses conquêtes contre l'opposition de la bourgeoisie que Marx a défendue


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